Les artistes ne cessent d’explorer les questions liées à leur travail
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En investissant les deux premiers niveaux de l’ensemble B2Binz, House of Interiors a insufflé une nouvelle vitalité au projet, offrant au quartier un lieu dédié à la communauté, à l’ouverture et au partage des connaissances. Nous avons rencontré Iria Degen, l’architecte d’intérieur à l’origine de cette initiative.
Iria Degen est l’une des architectes d’intérieur les plus prestigieuses et les plus reconnues de Suisse. Avec son équipe de quatorze collaborateurs, elle a notamment conçu l’aménagement intérieur du spa thermal Fortyseven à Baden, la transformation de l’hôtel Märthof à Bâle et la reconversion de l’hôtel Marriott Alfa au Luxembourg, mariant élégance Art déco et accents contemporains. De nombreux intérieurs privés portent également sa signature unique, à la fois discrète, raffinée et caractérisée par un sens aigu du détail et des matériaux.
En 2025, elle a fondé House of Interiors (HOI) avec son partenaire Alessandro Carroccia, membre fondateur et CEO de la société de financement immobilier Hyrock. HOI offre une plateforme dédiée au design innovant, à la production artisanale et aux métiers de la construction et de l’urbanisme. La venue de HOI dans les deux niveaux inférieurs du projet B2Binz a redonné vie au bâtiment. KOMPLEX a rencontré Iria Degen à la « Piazza », située au premier étage de HOI.
KOMPLEX: Comment et quand avez-vous rejoint le projet B2Binz ?
Iria Degen: À notre ancienne adresse à Zurich Höngg, notre bureau de planification était devenu trop exigu, et je savais que, tôt ou tard, j’allais devoir déménager. Alessandro connaissait le projet B2Binz depuis le départ, et en novembre 2023, j’ai découvert ces espaces, encore à l’état de gros oeuvre. L’ouverture de l’architecture, qui offrait encore de nombreuses possibilités, m’a tout de suite convaincue. C’était une véritable chance que de pouvoir aménager mon bureau de la façon dont je le souhaitais. À l’origine, je cherchais juste une surface d’environ 400 mètres carrés ; nous nous sommes finalement retrouvés avec un terrain de jeu de 3400 mètres carrés. Souvent, lorsque l’on cherche quelque chose tout en gardant l’esprit ouvert, des opportunités se présentent soudainement, permettant de progresser tant sur le plan personnel que professionnel.
K: Comment est née House of Interiors ?
ID: La vision de House of Interiors est en réalité née des contraintes liées à ce projet. Les prescriptions de zonage imposaient d’affecter au moins un tiers du bâtiment à des activités de production artisanale. Plus nous en intégrions dans les deux niveaux inférieurs, plus le mix global du bâtiment allait répondre à ces exigences. Nous avons donc voulu offrir une plateforme à des entreprises artisanales avec lesquelles nous collaborons depuis de nombreuses années, mais aussi à de nouveaux acteurs que nous connaissions moins. C’est ainsi qu’est née l’idée de House of Interiors.
K: Les restrictions prévues par le règlement de zonage ne vous semblaient donc pas contraignantes ?
ID: Non, bien au contraire. Pour nous, c’était une opportunité de montrer à nos clients le savoir-faire, l’excellence artisanale et la créativité que suppose un aménagement complet, une création d’intérieurs. En tant qu’architectes d’intérieur, nous sommes responsables de la conception et orchestrons la planification, mais nos idées ne prennent réellement leur envol que lorsque tous les éléments s’imbriquent les uns dans les autres. Lorsque l’équipe est présente sur place, la coordination et la collaboration sont beaucoup plus faciles. Nous voulons, avec HOI, rassembler en un seul lieu les différentes étapes de travail quotidiennes et mettre en évidence les synergies. C’est aussi passionnant pour nos clients, qui peuvent voir leur projet prendre forme. Beaucoup d’entre eux n’ont plus aucun lien avec le processus de fabrication artisanale. Ils commandent des produits en ligne, souvent à partir d’une image, sans les avoir touchés, ni pu en apprécier l’effet réel. Le fait de participer au processus crée un lien différent avec le produit. Le résultat final est alors d’autant plus apprécié, car on connaît tout le travail que cela a demandé. De plus, les processus artisanaux permettent un haut degré de personnalisation et les solutions sur mesure sont aujourd’hui plus demandées que jamais.
K: Dans quelle mesure l’architecture que vous avez découverte correspondait-elle à votre vision ?
ID: La structure ouverte, avec ses deux noyaux de circulation, offrait en réalité une grande liberté d’usage. Nous avons aligné le projet d’architecture d’intérieur sur l’identité et sur la trame du bâtiment. Les espaces ont été délimités par des parois vitrées garantissant un maximum de transparence. Les cloisons pleines et les rideaux opaques sont toujours perpendiculaires à la façade.
Le rez-de-chaussée accueille un atelier de production ouvert, permettant de découvrir les coulisses de différentes activités artisanales. On y trouve un atelier textile, un atelier de céramique, la halle aux fleurs, un menuisier, un fabricant de luminaires et l’atelier de prototypage d’une entreprise spécialisée dans les panneaux acoustiques. Il y a également des espaces polyvalents destinés aux expositions, aux débats, aux ateliers, etc.
À l’étage supérieur, on privilégie aussi une communication ouverte. Qu’il s’agisse d’un fabricant de tapis, d’un distributeur de matériaux de façade, d’un atelier de mode, d’un fabricant de mobilier de bureau ou d’autres entreprises de services et de planification, la culture de l’échange et de la curiosité mutuelle est omniprésente. Pour renforcer cette idée, nous avons aménagé au centre du premier étage ce que nous appelons la « Piazza », où l’on peut se retrouver autour d’un café ou pour le dîner et échanger quelques mots.
Notre intervention la plus marquante dans la structure existante a consisté à installer a posteriori un imposant escalier en colimaçon afin de mieux relier les deux niveaux de House of Interiors. Pour le reste, notre travail d’architecture d’intérieur s’appuie sur la structure existante. Nous avons même emprunté le moodboard d’origine auprès de Stücheli Architekten pour choisir les matériaux et les teintes. La couleur vert sauge de la façade nous a plu et, à l’intérieur, rien ne vient la contrebalancer.
K: Vous avez réalisé l’aménagement intérieur en collaboration avec Halter SA. Pourquoi ?
ID: Nous ne voulions pas partir de zéro, et puisqu’Halter avait déjà réalisé le projet de construction, il nous a semblé naturel de poursuivre la collaboration avec eux pour l’aménagement intérieur. Grâce à leur bonne connaissance du bâtiment, ils ont pu nous garantir à un stade précoce la faisabilité des différentes interventions, comme le percement pour l’escalier en colimaçon au niveau de la Piazza : un véritable avantage.
K: Vous travaillez probablement rarement avec une entreprise totale sur des projets d’architecture intérieure. Quels ont été les défis ?
ID: Il est en effet inhabituel pour nous de mener un projet d’architecture d’intérieur avec une entreprise totale. Cela exige une grande compréhension mutuelle. L’enjeu majeur a été de progresser par phase, pas à pas. Halter souhaitait disposer dès le départ de l’ensemble des détails, jusqu’au choix des vis. Or, ce n’est pas notre manière habituelle de travailler : nous partons d’une vue d’ensemble pour aller vers le détail, en développant le projet étape par étape. Mais nous avons bien compris que pour garantir les coûts et les délais, les responsables chez Halter devaient disposer très tôt d’un maximum d’informations.
Autre point délicat : privilégier, lors de l’attribution des mandats, les membres de notre propre communauté. Nous souhaitons que HOI ne se limite pas à favoriser les échanges entre ses acteurs, mais qu’il donne aussi lieu à des collaborations concrètes. Cette complexité et le concept de « living showroom » ont rendu la collaboration avec une entreprise totale plus exigeante.
K: Quels avantages Halter a-t-il néanmoins pu apporter au processus ?
ID: L’un des principaux avantages d’un projet en entreprise totale réside sans doute dans le fait de disposer d’un interlocuteur unique, qui coordonne l’ensemble et rend compte à la maîtrise d’ouvrage. Sur le plan de l’exécution, ces entreprises disposent aussi d’une solide expérience, ayant déjà réalisé de nombreux projets similaires et résolu des situations très diverses. Ce système est par ailleurs plus robuste en cas d’absence d’une personne : ces structures de grande taille trouvent vite un remplacement.
Dans le domaine haut de gamme de l’architecture d’intérieur, la collaboration avec une entreprise totale est toutefois un véritable défi, car le degré de personnalisation de nos projets est très élevé. Chez nous, rien n’est standard. Le risque est donc de perdre la flexibilité que nous cultivons notamment avec des maîtrises d’ouvrage privées. Dans ce projet, nous avons su confronter nos points de vue de manière constructive. Cela a parfois demandé des échanges supplémentaires, mais n’a jamais été du temps perdu et le résultat n’en a été que meilleur. Ce fut un travail d’équipe basé sur le respect.
iriadegen.com
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